tristesse

  • Rencontre impromptue

    Ce soir, alors que je me rendais à pied chez une amie de rétho, M., qui m'avait invité à une soirée retrouvailles, j'ai rencontré N., bras dessus, bras dessous, avec son nouveau petit ami. J'avais beau m'y être préparé car je savais que cela devait hypothétiquement arriver un jour, cela fut assez bizarre. D'abord, elle le tenait comme elle ne m'avait quasi jamais tenu, cad très très proche avec son bras autour de son cou. Ensuite, le voir de visu ainsi, sans être préparé, c'était tout de même un peu too much.

    Je dois dire que je suis assez étonné que N. puisse passer aussi vite à autre chose. Je dois aussi dire que je suis content qu'elle y parvienne car cela me donne de l'espoir pour moi-même et qu'en outre, je suis simplement content de la voir un peu heureuse. Elle le mérite. Je veux aussi ajouter que tout cela me renvoie à ma propre incapacité actuelle à tenter quoi que ce soit avec qui que ce soit.

    Cette soirée chez M. fut très bonne. M. est une fille géniale dont j'ai déjà parlé ici. A l'époque, j'avais joué un rôle important je crois, dans sa rencontre avec le garçon avec qui elle a passé 15 ans et avec qui elle a eu une fille. Aujourd'hui séparée, elle croque dans la vie et peut être un exemple de séparation réussie ; il faut dire aussi que tout lui sourit et qu'elle a un charme fout et une intelligence qui lui permettent de choisir ses partenaires au gré de ses envies. Chez elle, un couple d'amis qui s'était également formé à cette époque-là, toujours vers nos 15 ans donc. Ils sont toujours ensemble, la tête pleine de projets, avec trois beaux enfants sages. Que demande le peuple ? Rien d'autre. Une famille idéale de plus sur terre.

    Il me reste à gravir les marches jusqu'à mon lit et à m'enfoncer dans le sommeil pour essayer d'oublier l'être que je suis et ne pas penser à celui que je ne suis pas ; que j'aimerais être.

  • Je suis triste donc je suis.

    A une vitesse démentielle, le train filait tout à l'heure à travers le noir complet. Tout à coup, dans l'ipod, une chanson sortie de nulle part, une chanson de The Modern Lovers, un vieux groupe dont je ne connais rien mais dont j'ai entendu ou lu de bons commentaires... ou plutôt une phrase de chanson qui jaillit et touche directement mon cerveau, remettant en cause les théories fumeuses échaffaudées dans le post précédent. Il s'agissait en substance de dire qu'à travers la tristesse, on se sent exister. En ce moment, j'ai beaucoup de tristesse en moi et je ne sais pas exactement d'où elle sort. Les larmes viennent seules aux yeux, comme cela, d'un coup. Si je dois suivre la théorie des Modern Lovers, j'existe par cette tristesse, je ne suis pas vide, j'existe ! Elle me donne de l'épaisseur cette tristesse, je lui dois cela, je ne suis pas vide ! Je suis empli de larmes !

    Pour l'instant, je bois un Bourgogne vieilles vignes 2004 dans un verre Spiegelau, un énorme ballon dédié à la dégustation des Bourgognes. Ce vin est majestueux, délicieux et s'accorde parfaitement à la musique des Modern Lovers... comme expliquer cela ? Certains accords sont divins et aucune explication sensée n'est possible. Ce vin colle à ce groupe... Le vin a une parfaite trame, des arômes purs et droits, une longueur diabolique... Une merveille de l'intelligence vigneronne. Il en est émouvant. Millésime 2004. Que faisais-je en 2004 ? Ma mère se débattait avec son cancer et moi, avec mes démons. Une année où je fus assez malheureux si je me souviens bien car C. m'avait quitté. Malgré cela, ce vigneron bourgignon a élaboré un vin parfait, loin de la fureur du monde et des petits malheurs personnels. Aujourd'hui ce vin est toujours là, d'autres nous ont quitté. Le vin est la mémoire du monde.