silje nes

  • Laisser une trace

    Ici, il ne s'agit pas de se plaindre mais de constater.

    Constater que pour l'instant, je ne sais plus très bien pourquoi je suis sur terre... ou pour quoi. Errer sans but, je me demande si nous sommes beaucoup dans ce cas, dans une espèce de vie totalement infertile et inutile pour la société.

    Infertile. Il y a bien longtemps, je me disais que mes livres, mon savoir, je le transmettrais... Une fois ma stérilité découverte, ma vision s'était restreinte mais je n'avais pas abandonné l'idée d'adopter ou du moins de m'occuper d'enfants et ainsi de transmettre le peu que je pouvais. Aujourd'hui, l'envie n'est plus là. Plus aucune envie n'est là d'ailleurs... Juste se laisser bercer par la douce voix de Silje Nes et de son magnifique album Ames Room... Laisser résonner dans la nuit ses petites parties de flûtes et de xylophones matinées de guitares satinées, ses voix câlines à peine chuchotées qui furent élaborées dans ce qu'elle appelle son laboratoire d'expérimentation.

    Inutile. Je pense peut-être trop à la société. Je suis bien conscient que je ne lui apporte rien ou pas grand-chose et que, peut-être plus grave, je n'ai pas le désir de changer. D'un autre point de vue, je ne suis pas non plus un poids pour elle. De l'échange et du non-échange, il en ressort une neutralité crasse. Je passe comme un fantôme dans cette société, sans laisser de traces. Anonyme parmi les anonymes, je suis comme une limace mais sans bave. Aucune trace ne restera de mon passage sur terre. J'aurai fait le bien autour de moi, certes, dans le petit cercle restreint de ma famille et de mes amis. C'est déjà pas mal ! Et je n'aurai pas fait de tort, c'est pas mal aussi ! Est-ce suffisant ? Quand je vois certaines personnes se réaliser dans de grandes actions humanitaires ou autres, je ne peux que les admirer. Je ne trouverai pas la force d'en faire autant, surtout maintenant.

    Depuis quelques jours, je me demande ce que j'ai raté, dans ma vie, pour ne pas être comme les autres. Comme les autres ? C'est-à-dire comme la plupart des autres gens de mon âge que je rencontre ces moments-ci, par hasard, dans des soirées ou sur des marchés de Noël ? Ceux-là ont une famille, une maison, des enfants... Ils vont laisser des traces. Peut-être ne sont-ils pas parfaitement heureux mais eux, laisseront des traces dans un monde qu'ils n'auront pas modelé mais qu'ils auront légèrement marqué. Je cherche dans mon passé ce qui m'a amené à rater cela, à passer tout à fait à côté. Peut-être cet échec à 16 ans et à 19 ans avec une certaine Caroline... J'en ai bavé avec elle, j'ai perdu ma confiance en moi, pour beaucoup d'années qui ont suivi ; elle avait détruit des choses au fond de moi, quelque chose que j'ai partiellement récupéré mais tout n'est pas revenu. Peut-être avait-elle réussi à briser tout ce qui était de l'ordre de l'espoir... Peut-être que j'aimerais qu'elle frappe maintenant à ma porte et lui demander pourquoi elle m'avait tant fait souffrir. Parfois, les conneries d'histoires adolescentes peuvent marquer plus que l'on ne le croit. Quoi qu'il en soit, j'ai dû rater quelque chose sinon je serais comme les autres...dans cet idéal bourgeois tellement définissable et convenu qu'à y penser un peu trop, il en deviendrait abject.

    Hier, j'ai regardé An inconvenient truth d'Al Gore. Quand on voit cela, on en deviendrait même content de ne pas avoir d'enfants tellement l'avenir de la Terre, à moyen terme, semble s'assombrir. La fin de ce documentaire tente d'être optimiste, disant que les hommes ont toujours relevé les défis et que celui-là doit être relevé et blablabla. La différence est que le monde devient assez fou en ce moment, plus rien ne tourne rond car les hommes ont de moins en moins de valeurs communes et morales. Je fais d'ailleurs partie de ces hommes vu que je n'ai plus d'objectifs, ni de valeurs à défendre et que je me laisse porter par dieu sait quelle vague de confort égoïste et de satisfactions immédiates.

    Si je me regarde dans un miroir, je suis transparent.