descendance maladie gibson courage pessimisme

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    Je ne sais plus quoi faire. Dès que j'avale quelque chose, quoi que ce soit, j'ai l'impression que je vais tomber dans les pommes une heure après, avec les membres qui s'engourdissent et l'impression de ne plus être moi-même. Alors je ne dois plus manger... mais le médecin m'a dit que ce n'était pas la bonne solution. Comment est-ce possible que du jour au lendemain, je sois dans un tel état. J'essaie de comprendre, de chercher des signes précurseurs mais non, rien. Cela me mine terriblement. Hier, mon père m'avait invité au restaurant et je me suis très fort limité. Cela n'a pas suffit, j'étais dans le gaz après. Je suis passé chez N. en revenant. On s'entend toujours très bien et cela me fait toujours plaisir de la voir (je me répète je crois). J'avoue que j'ai essayé d'avoir son avis, en tant que médecin car ceci me tracasse assez fort. C'était un peu déloyal de ma part car quand elle m'avait proposé, après notre rupture, de devenir mon médecin traitant, je lui avais dit que ce n'était pas une bonne idée car si un jour, je revis une histoire d'amour et que j'ai des problèmes médicaux, je la vois mal venir me soigner dans mon nouveau foyer, etc. C'est donc assez minable de ma part, de lui demander maintenant des conseils, alors qu'elle n'a pas tous les paramètres en main. J'aurais en fait voulu qu'elle me rassure, qu'elle m'assène des certitudes ou des explications car je pense que je n'ai pas tout compris quand j'ai été chez mon nouveau médecin traitant. J'ai dû mal à croire que simplement en maigrissant, cette saloperie de mal-être allait me quitter. Ce poids, je l'ai depuis quelques mois et je ne peux pas comprendre pourquoi ceci est arrivé d'un coup, sans s'annoncer, et que cela altère ma santé à ce point, aussi fort et d'un coup. Et que plus rien ne soit possible en terme de nourriture, aussi vite et aussi fort. J'ai l'impression que le sang qui coule dans mes veines est maintenant tellement altéré qu'il me ronge de l'intérieur... que tout va se dérégler... Lundi, je vais faire un test au sucre. La médecin m'a dit que je tomberai peut-être dans les pommes... que j'allais me sentir extrêmement mal mais qu'il le fallait pour pouvoir mesurer l'ampleur de cette intolérance au sucre. A mon avis, je dois être fort touché car même quand je mange des aliments presque pas sucrés, je me sens tout de même très mal. Tout cela tombre très mal. Professionnellement, ce n'est pas le moment de flancher, je fais mon stage pour être nommé, je dois écrire un mémoire et en même temps, gérer des tas de nouveaux projets. Et puis, la semaine prochaine, je vais voir M., une sage personne avec qui je correspond depuis des semaines. Or, je ne me sens pas beau, même à l'intérieur, avec ce truc qui me ronge de l'intérieur. Je ne suis plus ce je suis. Je suis tous les temps en quête de signes de mon corps qui disfonctionne. Je sens tout le temps ce corps exister alors que normalement, on ne doit pas sentir cela. Je prends de plus en plus conscience que je suis un être fini (lire au sens mathématique ou philosophique). L'Homme est un être fini mais généralement, il n'en a conscience. Ici, oui. Je pense aussi à ce que ma mère a dû endurer pendant les 5 ans qu'elle a porté en elle son cancer, et les traitements qui détruisaient le mauvais mais aussi le bon en elle. Elle a été beaucoup plus forte que moi, elle arrivait toujours à positiiver. Peut-être devrais-je penser à elle pour faire de même, trouver cette force dans son souvenir, toujours positiver ! J'imagine par exemple le pire, que je ne puisse ne plus jamais boire du vin... J'aurais bien l'air fin. Il faudra faire la balance entre une vie complètement aseptisée et longue et une vie de plaisirs mais courte. J'aimerais ne pas avoir à choisir et trouver un moyen terme, une vie saine mais où quelques plaisirs de bouche peuvent trouver leur place mais sans douleur. C'est là que je retrouve mon pessimisme sous la couche épaisse de vernis qui s'y était déposée ces trois dernières années. Je vois toujours la bouteille à moitié vide, je m'inquiète peut-être pour rien... mais des signes me font dire que cette fois-ci, cela pourrait être sérieux.

    J'ai revendu un accessoire pour guitare sur ebay et lje parlais avec le type qui était venu le chercher. Je lui disais que je ne savais pas si j'allais vendre ma gibson (une très belle guitare). Il m'a dit que c'est le genre d'instrument à garder pour ses enfants... Oui évidemment, n'importe qui penserait comme cela sauf moi... j'ai tellement perdu tout espoir à ce propos... que je n'y pense même plus. Il fut un temps, quand je ne connaissais pas ma stérilité, où j'achetais des livres et où je pensais que je serais un jour content que mon enfant les lise. Aujourd'hui, je ne pense plus comme cela. Ma trajectoire est atypique, je ne suis nulle part.

    Voilà, l'effet attendu arrive, il y a une heure, j'ai mangé 80 g de pain gris avec une trache de poulet persillé. Je flotte un peu et mes mains s'endolorissent. Je vais m'arrêter ici pour faire je ne sais quoi.