bourgogne

  • Je suis triste donc je suis.

    A une vitesse démentielle, le train filait tout à l'heure à travers le noir complet. Tout à coup, dans l'ipod, une chanson sortie de nulle part, une chanson de The Modern Lovers, un vieux groupe dont je ne connais rien mais dont j'ai entendu ou lu de bons commentaires... ou plutôt une phrase de chanson qui jaillit et touche directement mon cerveau, remettant en cause les théories fumeuses échaffaudées dans le post précédent. Il s'agissait en substance de dire qu'à travers la tristesse, on se sent exister. En ce moment, j'ai beaucoup de tristesse en moi et je ne sais pas exactement d'où elle sort. Les larmes viennent seules aux yeux, comme cela, d'un coup. Si je dois suivre la théorie des Modern Lovers, j'existe par cette tristesse, je ne suis pas vide, j'existe ! Elle me donne de l'épaisseur cette tristesse, je lui dois cela, je ne suis pas vide ! Je suis empli de larmes !

    Pour l'instant, je bois un Bourgogne vieilles vignes 2004 dans un verre Spiegelau, un énorme ballon dédié à la dégustation des Bourgognes. Ce vin est majestueux, délicieux et s'accorde parfaitement à la musique des Modern Lovers... comme expliquer cela ? Certains accords sont divins et aucune explication sensée n'est possible. Ce vin colle à ce groupe... Le vin a une parfaite trame, des arômes purs et droits, une longueur diabolique... Une merveille de l'intelligence vigneronne. Il en est émouvant. Millésime 2004. Que faisais-je en 2004 ? Ma mère se débattait avec son cancer et moi, avec mes démons. Une année où je fus assez malheureux si je me souviens bien car C. m'avait quitté. Malgré cela, ce vigneron bourgignon a élaboré un vin parfait, loin de la fureur du monde et des petits malheurs personnels. Aujourd'hui ce vin est toujours là, d'autres nous ont quitté. Le vin est la mémoire du monde.