Juste bon à battre

Les deux posts précédents, je parlais de H. que j'avais rencontrée au carnaval. Les choses étaient devenues plus sérieuses. C'était une douce relation, H. venait les weekends dans la belle ville de Liège, sa blondeur et ses yeux bleus éclairaient la blanche gare dont les courbes ressemblent à l'envol d'un oiseau libre. Tout se passait bien ou du moins je le pensais. C'était sans compter sur mon inconscient, ou sur ma peur, ou sur mon indécision, ou sur mes habitudes, où sur mon coeur, ou sur mes tripes. Il y a une semaine et demi, j'ai commencé à avoir des douleurs au ventre, comme si j'étais vide à l'intérieur. Ces crampes duraient et duraient encore. Plus rien n'était normal. Je me suis dit que je retombais dans la situation de décembre, que le burn out et la dépression revenaient à grand pas et que j'allais replonger. Pourtant, à l'analyse, au boulot, c'était bien... la situation s'était normalisée et je constatais même que j'étais cool, ce qui n'arrive que très rarement. Puis j'ai commencé à comprendre, ces crampes qui m'obligaient à passer ma vie dans les toilettes, elles venaient de mon histoire, ou de la peur de mon histoire ou d'H., de mon amour ou mon désamour. Je ne savais pas, j'étais littéralement perdu, au fond du trou. Cela devenait intenable. Jeudi passé, au travail, une angoisse sourde et ineffable est montée en moi et j'ai dû presque me jeter sur un xanax pour ne pas fondre en larme. Je n'aimais plus H. ou je l'aimais moins ou je ne savais plus ce qui se passait en moi, juste l'envie de pleurer, pregnante. Au tréfonds de moi-même. Vendredi, je voyais H. et au resto, j'ai ressenti un immense vide et une immense tristesse. Je passais la nuit dans ses bras et là, cela allait. Nous fîmes l'amour magnifiquement, comme chaque fois d'ailleurs. Le lendemain, je la reconduisais à la gare et après son départ, je me suis effondré en larme, toute l'après-midi de même, avec l'estomac qui se trouait littéralement, comme un ulcère, crampes et trou en formation. Fin d'après-midi, je lui téléphonais en pleurs pour lui dire que je ne savais pas ce qui m'arrivait, que j'étais vide, sans amour. Je pleurais de plus en plus, sans savoir me reprendre et elle s'inquiétait, ne comprenant rien. On convint de se voir le lendemain à Bruxelles et je passai la nuit à pleurer comme un malheureux. Le lendemain, j'allai chez elle et impossible de me reprendre, je lui fis part de mes doutes, de mon vide intérieur, on pleura tous les deux. Elle me disait qu'elle aussi allait mal, qu'elle pensait sans cesse à son ex-copain qui s'était suicidé en décembre. Elle me rassurait en disant que je n'étais pas seul en cause, qu'elle était trop fermée, qu'elle n'arrivait pas à être autrement et que le suicide l'avait encore un peu plus fermée. Pourtant, ce qu'elle m'a donné était déjà beaucoup, elle ne m'a jamais fait faux bond, elle était totalement digne de confiance, elle était spirituelle, belle, intelligente peut-être un peu moins sociable que moi mais qui n'a pas de défaut. Au bout de 4 heures de conversation et de pleurs, elle m'a proposé que l'on fasse une pause dans notre relation, un mois où l'on mettrait cela entre parenthèse, un mois pour que je prenne du recul et un mois pour qu'elle puisse commence un travail de deuil qu'elle avait repoussé à plus tard en raison de notre relation.

Ce matin, je n'avais plus mal au ventre, la douleur, la brûlure qui avait marqué mes dix derniers jours avait disparu.  

J'aimerais l'aimer de tout mon coeur, la chérir jusqu'à la fin de mes jours mais mon coeur est pour l'instant vide pour elle ; cela me donne envie de me taper la tête contre les murs. Je l'apprécie à un tel point que j'ai pu comprendre que mon IMMENSE tristesse était due au fait de l'abandonner, de lui faire du mal, de la laisser au bord de la route. Mes amis n'ont rien compris. Pourtant, c'est simple, je l'apprécie au plus haut point, je tiens à elle, je ne lui veut que du bien mais je ne l'aime pas ou plus ou pas assez.

J'ai l'âme déchirée entre ce désir de m'occuper d'elle, de l'aider à soutenir les moments difficiles qu'elle vit pour l'instant et l'obligation pour moi de cesser d'avoir ces douleurs qui me trouent l'estomac. Il était impossible pour moi de continuer.

D'un autre côté, j'ai pleuré pendant six ans pour qu'enfin finisse cette vie de célibataire et voilà que je rencontre quelqu'un avec qui la vie aurait pu être douce et je la rejette. Je suis juste bon à battre. Tout n'est pas si simple et je le sais.

S'il existe une vie supérieure là-haut, pourrait-on m'aider ?

Comme une amie psy me disait hier, elle peut comprendre que cela soit difficile à vivre mais je suréagis de manière  anormale. Ma réaction traduit quelque chose d'autre, un mal profond dont l'origine doit être sondée.

 

A écouter en lisant ce post, l'album Seventeen seconds de The Cure en 1980.

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