• Rendez-moi la Lumière...

    Ces longs weekends, ceux où toutes familles sont affairées, où les cris fusent dans la rue avec les enfants émerveillés par le temps libre qui leur est donné par les vacances scolaires, où les amoureux se promènent dans les parcs, main dans la main, des mains serrées avec force et avec la promesse du bonheur dans ces jours où le soleil brille, où la vie sourit à tant de ceux-là, à ceux qui ont trouvé l'amour, à ceux qui vivent cet amour dans leur chair, cet amour qui coule comme du sang dans leurs veines ; ces longs weekends où l'homme seul regarde passer le temps, où il n'a rien à faire et entend le tic-tac délétère de l'horloge, où rien ne se passe, où sa main étreint le vide de son existence, où les nuages assombrissent forcément son humeur, où la mort est omni-présente dans ses pensées, car celui-là n'a pas trouvé l'amour, le recherche sans cesse et de toutes ses forces, comme si un poison coulait dans ses veines usées par l'espoir sans cesse déçu ; ces longs weekends me sont insupportables.

    Pendant que le monde vit, bouge, s'aime, s'entretue et se massacre, je compte les secondes qui s'égrènent. Douloureusement et en ressassant sans cesse sur cette solitude indicible, les secondes s'égrènent. Indicible car jamais les mots ici ne pourront traduire ce que je ressens, que toute tentative reste totalement vaine et n'est qu'un reflet très partiel de la réalité ou du moins, de ce que je ressens. J'ai l'impression pourtant de tout faire pour que cela change. Depuis deux ans, je fais beaucoup de sport et ma silhouette a totalement changé, je sors beaucoup, j'ai une vie culturelle et sociale importante, je suis pour l'instant inscrit sur trois sites de rencontres différents. Pourtant, cela ne suffit pas. La quarantaine approche à grand pas et je suis toujours seul et pour l'instant, cela me rend malade. C'est pesant d'être dans cette grande maison, seul, avec la voix de Dominique A. qui résonne dans la pénombre. Il me manque pour l'instant l'énergie d'à nouveau sortir et même si je l'avais, que faire une weekend pascal ? L'idée de trouver quelqu'un m'obsède. Je ne veux pas d'un partenaire sexuel ; ces trois derniers mois, j'ai eu plusieurs aventures d'une nuit encore et toujours. La dernière fois, cela m'a quasi dégoûté (pas la femme qui était dans mon lit) mais plutôt le fait de ne pas connaître cette personne plus que cela et d'avoir uniquement couché avec elle pour qu'elle me prenne dans ses bras et pour ne pas me réveiller seul le lendemain matin. J'ai besoin de bras et non de sexe, j'ai besoin d'aimer et de sentir la même chose en retour.

    Pour l'instant, j'ai de la chance, mon père est toujours là et le voir me fait du bien. Je me demande ce qu'il se passera quand il ne sera plus là. Ma soeur est à 20h d'avion d'ici. Je serai seul. Les amis seront toujours là mais ils ont leur vie à vivre, leurs enfants à élever. Je comprends de mieux en mieux pourquoi tous ces gens ont fait des enfants. Outre l'amour qu'ils voient dans leurs yeux, cela leur donne un but commun, cela soude leur couple.

    Cette semaine, j'ai revu Y. Elle portait toujours sa beauté transcendante. Elle marchait vite, devant moi, et ne m'avait pas vu. Je l'observais en me rappelant les immenses heures de tendresse et de rire que j'avais vécues avec elle, ces heures déjà si loin et que son coeur et son corps ont oubliées.

    Après-demain, N. accouchera. Nous nous sommes téléphonés hier. J'espère que tout se passera bien pour elle. Je suis content qu'elle s'en soit sortie et qu'elle aille mieux que moi, elle a toujours voulu un enfant et c'est l'aboutissement de toute sa vie, là, ce mardi.

    Quand cet enfant viendra au monde, je serai dans un avion, en direction de l'Italie, avec mes amis. Que ferais-je sans eux? D'ici là, il faut que mon moral s'améliore, sortir ces idées noires de ma tête.

    Rendez-moi la lumière.

     

     

    A écouter en lisant ce texte, le nouvel album de Dominique A., Vers les lueurs, et plus particulièrement Rendez-nous la lumière.