• Mêlée de sentiments mêlés

    L'histoire de Y. est bien loin maintenant. Je suis parvenu à faire rapidement mon deuil et à repartir sur un plus ou moins bon pied. J'ai toujours beaucoup de mal à trouver du sens à mes actions.

    Les travaux dans ma maison sont quasi finis, il reste l'aménagement de la cour. Au travail, c'est une période à la fin difficile et exaltante avec beaucoup de nouveaux projets. Point négatif, je n'ai toujours pas eu la promotion que j'attends depuis 3 ans et demi. Lundi passé, j'ai été voir ma supérieure en lui disant que j'allais partir si rien ne bougeait. Deux jours plus tard, les choses bougeaient et je peux espérer cela pour la fin de l'année, sauf si les économies annoncées par le gouvernement impactent de manière significative les promotions. Je ne cours pas après l'argent mais j'aimerais être rémunéré à hauteur de ce que je fais réellement, d'autant que vivre seul est plus difficile financièrement. Je ne me plains pas non plus, je me débrouille bien et le fait d'être propriétaire en devenir (plus que 22 ans) ou du moins d'avoir déjà fait le pas d'avoir acheté mon chez moi me semble important.

    Hier soir, j'avais invité plusieurs convives donc C., une jeune femme de 26 ans qui me plaisait beaucoup à mon club de sport. Il m'a fallu quelques semaines pour parvenir à l'inviter mais j'y suis finalement parvenu sans que cela ait l'air d'un rencard personnalisé. En réalité, j'ai appris hier qu'elle avait 26 ans et les vues que j'avais sur elles se sont révélées de pures chimères. Croire qu'à 40 ans, on peut facilement séduire une jeune femme brillante était tout de même un peu surestimer mes capacités de séduction. Lors de ce repas, j'ai compris que tout cela était vain, que cette fille qui venait de finir ses études de médecine n'espérait qu'une chose, trouver un petit mari et faire des enfants, tout cela certainement tranquillement à la campagne. Elle m'a même parlé d'un gars et j'ai compris qu'elle le trouvait bien, un gars de 26 ans. Tout cela est terriblement logique et implacable, tellement évident que je suis un peu gêné d'avoir fait montre de si peu de discernement, voire même d'une immense naïveté. Ce n'est pas grave. Non. Il faut juste que je fasse attention à ce que je fais, ce que je peux croire ou espérer ; il ne faut pas non plus couper tout rêve mais tout de même, rester réaliste, s'engager dans la conquête de ce qui reste possible, ne pas se surestimer, ne pas se sousestimer, trouver un juste milieu qui ne générera pas de grandes frustrations. Il faut dire que dans ce cas-ci, ce n'est pas de la frustration mais plutôt de la gêne ; je me sens un peu idiot, sans plus. Si je pouvais refaire ma vie, revenir à mes vingt ans avec la maturité que j'ai acquise maintenant, je ferai les choses autrement. Si j'avais aujourd'hui 26 ans, j'inviterais C. dans le meilleur restaurant de la ville et lui dévoilerais mes sentiments. Soit.

    La quête continue, le printemps revient. Depuis plusieurs semaines, j'ai intensifié mon entrainement sportif, je vais quatre à cinq fois par semaine à la salle de sport. Toute la rage des frustrations passées s'évapore dans l'intense effort physique. C. qui est médecin me disait hier que les gens, en général, ne prêtent pas d'attention au fait qu'ils sont en bonne santé. J'ai pour l'instant cette chance et c'est déjà énorme. Les jours qui s'annoncent, ne pourront qu'être meilleurs.