• Auto-détestation

    Ce n'est pas la joie ces moments-ci ; au boulot, c'est difficile mais je sais qu'il n'a pas que cela. C'est surtout que je me sens totalement incapable dans le domaine amoureux. Un récent événement m'a enfoncé bas, très bas et m'a démontré d'une manière implacable que je ne suis pas capable d'approcher la "femme" d'une manière normale. La maladresse et la timidité sont à leur zénith. Le mode d'emploi est absolument et irrémédiablement perdu. Un tel abus d'atroces adverbes en -ment ne peut être que la conséquence d'un désespoir totalement définitif. Ce qu'il s'est passé, c'est un ami qui m'a dit il y a quelques temps qu'une de ses collègues cherchait désespérément quelqu'un. Ensuite, il y a montré ma photo et vu qu'elle me trouvait, disons, ok, il nous a envoyé un mail à tous deux pour nous dire qu'il pensait réellement que nous irions bien ensemble etc. Sur ce, j'ai saisi ma chance (c'était déjà bien) mais le mail renvoyé, n'était pas assez direct, me montrait comme quelqu'un d'extrêmement timide ; le mail était maladroit (je l'ai vu à la relecture a posteriori). Bref, je crois être passé pour un idiot et évidemment, l'intéressée ne m'a pas répondu. J'étais honteux et bien mal ; je n'en ai pas dormi de la nuit. Au matin, je me détestais, m'abhorrais, m'exécrais, me répugnais, me dégoûtais par ma bêtise, par tout ce qui faisait moi-même. Le degré d'auto-détestation n'a jamais été si haut. Certains ont une haute opinion d'eux-même, moi j'ai une haute détestation de tout ce que je suis et cela ne va pas en s'améliorant. Cette nuit a été atroce, je suis épuisé. Cette journée de congé a été affreuse également, je suis tout nerveux tellement je me déteste. Cet événement, apparemment banal et sans aucune conséquence directement négative quant à la poursuite de ma vie, m'a pourtant fortement troublé voire ébranlé. Il me montre que je ne suis plus capable de rien, qu'il est temps d'abandonner toute velléité dans le domaine amoureux. I fucking hate myself pourrais-je chanter avec quelques bons accords de guitare. Comment est-ce possible de se supporter quand on est arrivé à ce point de non retour? Mes réponses sont pour l'instant assez radicales, sport en semaine, destruction à l'alcool le weekend.

    Plus d'une dizaine d'adverbes en -ment dans ce post. Mon style s'enlaidit avec les années. Quoi de plus laid qu'un adverbe en -ment. Ces chancres de la langue française traduisent la chute de tout mon être, vers l'abîme.

     

    A écouter en lisant cette abomination : The Cure, Give me it, sur The top, 1984.

    Gasping for air
    I’m gasping for air
    I’m gasping for love
    I’m gasping for air

     

     

  • Cage dorée pour solitude XXL

    Ce dernier mois a été particulièrement difficile. Beaucoup de pressions au travail m'ont quelque peu déstabilisé. J'ai eu pas mal d'accès de stress ; je revenais chez moi, très tard, tous les jours, j'avais le coeur qui palpitait et des douleurs dans le bras gauche. Rien de très grave, je connais ce phénomène. Je ne parviens pas totalement à l'apprivoiser. Pour éliminer ces désagréments, j'ai fait beaucoup de sport, je suis allé à la salle quasi trois fois par semaine, pour faire baisser la tension. Cela fonctionne bien mais cela est assez fatiguant sur le long terme. Mon supérieur hiérarchique m'a fait un sale coup en bénéficiant de la promotion qui était normalement pour moi ; c'est assez compliqué à expliquer et je ne m'étendrai pas là-dessus mais je ne peux plus lui faire confiance et mes rapports seront totalement changés. Je vais peut-être essayer d'aller voir ailleurs car ce qu'elle a fait, je ne peux pas le supporter, je devrai donc lui dire que c'est une totale injustice : le lien de confiance est irrémédiablement brisé. Ce n'est pas pour l'argent (c'était une augmentation de 10%, pas de quoi non plus en faire un drame) mais plus pour l'honneur et la justice. Je suis dégoûté et je ne peux donc plus fonctionner normalement sous ses ordres. Il est vrai que cela a été difficile. Rentrer chez moi seul le soir avec ces idées assez mauvaises qui tournaient sans cesse dans mon cerveau, ce n'était pas la meilleure des situations. Vivre seul n'assure pas un bon équilibre ; le soir, on ne partage rien d'autre que la solitude des quatre murs et leurs conversations sont des plus limitées. On réfléchit beaucoup par contre, on s'habitude à la pensée perpétuelle et cela peut-être épuisant. Quand je vivais un couple, dans la période où cela allait bien, c'était confortable de pouvoir faire un bref résumé de la journée à l'autre, de se confier, ce qui faisait retomber le stress : je ne ressentais nullement le besoin d'aller faire vingts kilomètres sur un vélo d'appartement ou de soulever deux tonnes de poids en 45 minutes... et même si c'est bon pour la santé, c'est quelque peu artificiel. 

    C'est ainsi maintenant, tous les soirs et les weekends, je tourne dans ma cage dorée, full options (TV, internet, armoires à vin, bar 4 étoiles, etc.) mais tout cela est de la survie. Je cherche toujours la ressource pour aller vers l'Autre, l'Autre au féminin bien sûr. Je suis toujours pétrifié, sans envie de faire le premier pas. Comme me disait un ami hier, à moins d'avoir une gueule d'acteur voire d'être un acteur, c'est sûr que si je ne fais rien, il ne se passera rien. Toujours ce cercle hideux et vicieux. J'ai des sérieux moments de découragements durant lesquels écrire une lettre, faire un virement ou téléphoner à quelqu'un deviennent des tâches quasi impossibles. Tout m'ennuie ; cela reste bien sûr supportable mais j'ai vraiment l'impression de perdre mon temps de vie, un temps qui est pourtant précieux. Il sera peut-être bientôt trop tard. J'imagine, avec ma poisse, que quand je tomberai amoureux, on m'annoncera une maladie grave ou je serai écrasé que par un bus. Cela ne peut aller que comme ça car le sens que prend ma vie est tel que j'imagine qu'il ne peut en être autrement. Ma chance est d'avoir pas mal d'amis et que cela limite la casse, ils aiment mon humour, je suis invité à toutes les soirées possibles, cela m'occupe et rend mon quotidien supportable. Merci à eux.

    Chanson à écouter en lisant ce post : Love won't be leaving, Anna Calvi sur l'album Anna Calvi.