• L'autarcie sentimentale

    "Alors tu es bien installé? Oui oui, je suis bien installé."

    Le mot "installé" prend tout son sens. La maison est chouette ; je m'y sens bien. Encore quelques travaux, quelques meubles à choisir, l'un ou l'autre oeuvre d'art à acheter pour parer les murs et je pourrai tranquillement me préparer au siège de ma vie. Finir ici, dans l'autarcie sentimentale.

    Cela ne s'est pas décidé, cela s'est imposé à moi. Je ne cherche plus personne et vu que l'expérience dément totalement l'adage idiot "qui cherche trouve", il est de plus en plus clair que je périrai ici. Seul. Dans très longtemps peut-être mais sûrement seul. Je ne veux pas être défaitiste mais je constate simplement qu'il risque de ne plus rien m'arriver. J'imagine toujours que c'est ce machin hormonal, qui m'a déréglé à ma naissance et qui n'envoie pas à la gente féminine les bonnes ondes, les bonnes phéromones. Bref, je n'attire pas et je n'ai absolument plus aucun courage pour aller vers l'autre et me prendre baffes sur baffes, symboliques, virtuelles ou autres.

    Heureusement, j'ai mon travail. Très dur en ce moment, très stressant mais je l'ai et j'y tiens. Il est intéressant et prenant. Je n'ai pas de famille, je peux y rester très tard. Je reviens régulièrement à 20h chez moi mais tout cela n'a aucune importance. Au moins, cela m'occupe. Quand je reviens, un peu de TV ou de sport à la salle et puis, des lectures. Houellebecq in extenso, c'est beau, c'est bon.

    Je ne suis pas triste aujourd'hui, peut-être un peu amer. Vide surtout. Le temps passe, le temps glisse, rapidement. Déjà Noël et je n'ai rien fait de mon année, pas de faits saillants, juste des petits moments d'angoisses ou de bonheur, des petits moments avec de bons vins, quelques sourires sur des visages amicaux, beaucoup d'amitié donnée mais pas d'amour. Pas de maladie, c'est déjà cela et cela pourrait devenir mon obsession et ma planche de salut. Etre heureux juste car je vis et que je ne suis pas malade car les années passent et le corps se dégrade. Je pourrais vivre tellement de belles choses avec un corps en bonne santé, un bon job... nanti comme je suis, je ne parviens pourtant pas à m'extirper de la torpeur qui me colle aux os.

    L'autarcie sentimentale. C'est se préparer à vivre sans le sourire d'un autre, c'est prendre conscience que cela sera toujours ainsi (au cas où) et pouvoir assurer sa survie dans ce mode de vie, c'est comprendre les choses et les accepter telles qu'elles sont pour ne pas sombrer dans la folie et se commettre dans un suicide pathétique (oui, j'ai bien écrit "se commettre").  

    L'autarcie sentimentale. C'est disposer les choses autour de soi pour qu'elles se transfigurent en êtres fictifs, pour qu'elles compensent le manque humain. C'est organiser sa vie autour d'un vide pour que ce vide paraisse moins vide et que cette vacuité indicible ne nous entraîne pas vers la tombe.

    Je ne suis pas triste aujourd'hui. Juste terriblement lucide et prêt à endurer tout cela. Putain de vie, putain de vide, à nous deux !

     

    A écouter en lisant ce post : Saule : Je n'ai personne où aller sur l'album Western