• Vivre comme un mort

    Vivre comme un mort, c'est ne pas avoir le coeur qui bat car une seule chose fait battre le coeur et cette chose, je cours après depuis vingt-cinq ans. Tout le reste n'est qu'occupation. Je veux aimer, je ne supporte plus cette situation comateuse. Cette absence est en train de me détruire, de briser ma santé ; cela devient maladif. J'ai vécu ces dernières semaines de manière horrible, sans cesse rattrapé par le stress avec des céphalées incroyables, des montées d'anxiété terribles... à tel point que j'ai dû aller chez le médecin qui m'a notamment trouvé avec une tension très haute. Ce sont comme des bouffées de panique par rapport à tant de choses que je ne sais plus moi-même détricoter la mêlée de raisons qui me donnent cette anxiété. J'ai dû prendre des calmants qui trainaient dans les tiroirs depuis trois ans, depuis ma séparation avec N. Sans cela, je n'étais plus capable de travailler. Le médecin m'a conseillé de ne pas prendre ces médocs qui sont addictifs et m'a conseillé, si cela continuait, de prendre des anti-dépresseurs légers qui n'appellent pas à l'escalade médicamenteuse et qui, surtout, permettent de gommer l'anxiété. Mon problème est que le matin, je pense que cela va bien et le fait d'y penser même, amène doucement la barre qui me rentre dans la tête et qui me fait souffrir. Le côté positif est que si je souffre, c'est que je ne suis pas encore totalement mort. Pourtant, c'est le cas, je n'existe plus, je suis transparent, je n'intéresse aucune fille. Hier, je me suis saoûlé à mort aux fêtes de la musique, de désespoir de voir ces milliers de femmes et d'être incapable d'être aimé par une seule de celles-là. En outre, j'y ai rencontré un vieux copain que je n'avais plus vu depuis des années et qui m'a avoué qu'il avait été amoureux de C. Cette C. avec qui j'étais sorti à seize ans, puis à vingt-un et qui a fortement influencé ma vie au point de faire de moi cet être désespéré que je suis. Ce fut très bizarre de se remémorer nos souvenirs et de s'avouer, tous deux, que nous recherchons régulièrement après elle sur internet. Il est vrai que je regarde tous les deux mois sur facebook... mais sans espoir car de loin, je sais qu'elle est marié et a deux enfants.


    Vivre comme un mort, c'est n'avoir aucune perspective de vie et se dire que l'on va devoir faire de l'occupationnel jusqu'à son dernier souffle, c'est se dire qu'il y encore trente ans à tirer, c'est acheter une maison pour s'occuper, des vins, voir des films tout seul et pleurer à la fin comme un madeleine (comme ce soir en regardant "Il l'aimait"), c'est être parfois jaloux du bonheur des autres, c'est se détruire à l'alcool en soirée car on n'est pas capable de s'accepter tel que l'on est, c'est remuer sans cesse dans sa tête des mauvaises pensées qui tournent comme du mauvais vin, c'est perdre ses cheveux tellement l'on est inquiet, c'est avoir envie de mourir vraiment, pour que tout ceci finisse mais c'est en même avoir peur de cette mort physique car la mort cérébrale est déjà douloureuse, c'est vouloir tout foutre en l'air, c'est ne plus pouvoir aller sur les sites de rencontres tellement on est déprimé, c'est se détester tellement soi-même que personne ne pourra plus vous aimer. Voilà, c'est ma non-vie.