• Réclusion choisie ; relecture du passé

    J'ai vécu totalement reclus ce week-end, seule une sortie vers un magasin de musique où j'ai acheté une guitare acoustique 12 cordes fut effective. Une belle guitare en bois et avec beaucoup de cordes, sur laquelle je pourrais tenter de coucher quelques mélodies bien tristes en arpèges dégoulinant de mélancolie. Et un passage au GB où j'ai acheté des tas de victuailles. J'ai donc passé mon temps à cuisiner (soupe tomate, lapin à la bière brune, riz pilaf, cordon bleu et petits pois, carottes) et à faire la lessive. Vie passionnante donc. Je ne maigrirai jamais car je passe mon temps reclu, dans cet espace restreint et bien chauffé, tout en mangeant tout n'importe quand.

    J'ai relu mes écrits de 1991. C'est fou comme je n'ai pas changé. A l'époque, je passais ma vie à me battre contre la fatigue qui était prégnante vu que les médecins n'avaient pas encore trouvé ma maladie génétique (plutôt ma différence génétique) et je ne bénéficiais pas encore du traitement à la testostérone dont je bénéficie aujourd'hui. Sans testostérone, je me débattais tout de même dans un univers de déceptions amoureuses à répétition. A l'époque, jamais je ne sortis avec les filles que je désirais ou aimais... et toujours je sortais au petit bonheur la chance avec des filles qui ne me plaisaient pas dans des guindailles étudiantes où l'alcool déformait tout. Il y eut notamment Martine dans les filles que j'ai aimées et aussi S***. J'avais oublié tout cela, ou du moins, j'avais oublié combien j'avais pu les aimer... cela me rendait malade, d'autant que j'étais devenu leur ami. J'agissais toujours ainsi ; je n'osais pas déclarer ma flamme et je compensais par l'amitié. Manque de testostérone, c'est sûr. Du prédateur amoureux, je devenais le mouton gentil, je les aidais même à trouver un copain et même mari, cela arriva pour S*** pour qui je jouai plus tard l'entremetteur, histoire qui finît par un mariage. Il y a des forts et des faibles dans ce monde. A ce moment-là, j'étais un faible. Aujourd'hui, je ne sais pas me positionner ; je ne suis plus rien peut-être, en ce moment. Je suis une ombre. Les week-ends sont terriblement longs et je ne fais plus rien ; je suis un fantôme ; je vis en autarcie, bref je m'emmerde ! Je me complais aussi dans ce nouvel état des choses. Je n'ai pas du tout une vie normale pour quelqu'un de 35 ans. Ni famille, ni maison, ni enfants. Je suis hors de tous les clichés; de toutes les situations qui façonnèrent ma vie d'enfant. J'aurais aimé reproduire cela pourtant, j'aurais aimé que la vie coule doucement, une épouse à mes c^tés, les enfants jouant au légo en face du feu de bois, les départs en famille à Blankenberghe ou ailleurs. A la place de ceci, je suis totalement improductif, je consomme pour m'occuper, j'attends passivement un sauveur qui ne viendra pas, je passe des heures devant cet imac, je deviens accro d'internet, cliquant sans cesse pour regarder des choses totalement inutiles. Entre l'écran et mes yeux, tombent les cheveux qui laissent mon crâne de plus en plus dégarni. "I'm dead" comme disait Robert Smith dans Killing an arab, chanson influencée par l'Etranger d'Albert Camus. Je suis de plus en plus comme cet étranger que rien ne touchait... indifférent au monde qui l'entoure. La différence est que moi, je ne l'ai jamais été indifférent mais que ce sentiment commence à m'envahir. Je ne suis plus solidaire ni révolté et même plus empathique avec les gens qui souffrent. En 1991, je désirais plus que tout être un couple, j'avais encore l'espoir et la vie était plus devant moi que derrière moi. Aujourd'hui, j'ai perdu mes illusions, je me demande franchement de quoi va être fait le futur. S'il est tel que la vie que je suis en train de (non)-mener, je pense que tout cela sera vraiment insupportable. Il m'est impossible de vivre sans but, il faut absolument que j'en retrouve un. Dans mes amis, je suis le seul dans cette situation, ils ont tous un ou des enfants, seuls deux de mes amis sont en couple sans enfant mais on déjà acheté un maison. Je suis donc le seul à louer et à être sans enfant et à ne pas être en couple. Est-il déjà temps de dire que j'ai raté ma vie ? Ou dois-je attendre un peu ? En tous cas, tout cela est bien parti pour aboutir à un fiasco ! Je n'ai plus qu'à continuer ainsi et je finirai seul, gros et mort.