• Maison-monde

    Demain, je vais chez le notaire pour signer des actes. Mon père a vendu la maison familiale et a emménagé dans un chouette appartement à un jet de pierre de chez moi. Il quitte la campagne où il a toujours vécu pour la ville, la grande ville. J'espère qu'il s'acclimatera. Fin d'une époque donc, vente de la maison où j'ai vécu à peu près dix ans ; mes parents avaient construit deux maisons dans leur vie... Depuis le décès de ma mère, cette immense maison était vraiment trop grande pour un homme seul. Je pense aussi que la ville conviendra mieux au retraité qu'il sera bientôt. Victime collatérale, le chat... qui a été mis en maison de retraite pour chats. Voilà donc un pan de ma vie qui s'évanouira demain. J'irai une dernière fois dans la maison demain matin, sentir les atmosphères, respirer l'aura des derniers souvenirs et notamment ceux de ma mère pour qui ce fut la dernière demeure, l'endroit du dernier souffle de vie... Certes, toute ma vie, je me rappelerai les derniers instants dans la salle de séjour, dans ce lit qui avait été installé afin de la laisser vivre ces derniers instants entourée des siens et non des messieurs en blouse blanche. Il n'y eut pas d'acharnement ; c'est bien ainsi que cela devait se passer. Souvenirs de joies aussi, de réussite à l'Université, de fêtes mémorables avec mes amis, de dégustations de vin fabuleuses sur la terrasse dont la vue magnifique ne faisait qu'aviver nos papilles, lesquelles s'ouvraient au monde du vin comme de jeunes enfants à l'arithmétique des débuts, quand 2+2 font 4... Oui, campagne de tous les côtés, buissons, pissenlits, vaches et grandes prairies à perte de vue, telles étaient les dons de la nature qui s'étalaient devant nos yeux. Quand au lever du jour je pointais mon nez dehors, c'est la rosée que je sentais de prime abord, une odeur de rosée particulière qui invitait le promeneur à flâner dans ces chemins qui serpentaient vers un horizon infini... Sensations mémorielles. Et puis des heures passées dans cette chambre, à étudier les traductions en picard ou en anglo-normand des plus grandes oeuvres littéraires du Moyen-Age, des heures à lire de grands auteurs, à les comprendre, à les étudier... pour devenir ce que je suis même si, pour l'instant, je ne peux plus définir exactement qui je suis. Maison-monde. Mon monde qui va disparaître dans la signature demain de cet acte notarié. Souvenirs vendus contre un gros paquet de billets dans lesquels je ne retrouverai jamais le plaisir vécu, le rire de ma mère, la bienveillance de mes parents, leur vie tranquille, sans soucis. Argent qu'il faudra que je dépense dans le souvenir de ma mère, de manière raisonnable et raisonnée car même si je ne crois pas au paradis, je sais qu'elle aimerait que j'en fasse bon usage.. même si je me rappelle la fois où elle m'a dit, "si tu aimes bien les montres, achètes-toi un jour celle de tes rêves". Le moment est peut-être venu. Un appartement aussi. Achat raisonnable et raisonné. Bientôt certainement même si cette petite maison me plaît et qu'y passer l'été me semble une bonne idée.

    Post qui suit ma pensée, comme un serpent lové . Ruisseau de mots que je ne peux arrêter. Même si les souvenirs s'effacent de ma mémoire souvent défaillante, du moins seront-ils écrits ici. Pour une petite partie d'éternité.

  • Electro-cardiogramme plat

    Vivre seul, c'est vivre tout le temps avec soi-même, c'est s'entendre penser, constamment. Et quand les pensées sont un peu noires ou grises, cela devient vite l'enfer. Alors j'essaie d'être le moins seul possible. Je reste au travail très tard, j'organise mon temps pour essayer de moins penser. Occuper l'espace temps un maximum par des films, des livres, évasion dans la fiction. Je plonge dans l'horreur de Maurice G. Dantec et sa Villa Vortex, un roman philosophico-policier assez fameux... mais tout cela est une illusion. Bien sûr, je repousse les questions essentielles, celle de la direction que je dois donner à ma vie. Je suis en pilote automatique vers je ne sais quoi. Je ne profite pas dans la vie, je perds mon temps ; je sais que je le regretterai mais je n'ai pas encore trouvé le ressort, l'énergie pour rebondir. Bref, il ne se passe rien, ni de bon, ni de mauvais, rien.

  • A la recherche du temps perdu...

    Ce matin, je me réveillai avec l'impression bizarre d'avoir revécu une partie de mon passé. J'avais rêvé de C.M., une fille qui m'a profondément marqué quand j'avais 16 et 19 ans. Ce matin, je me demandais si, à l'instar de Proust, je serais profondément déçu si je la revoyais maintenant. Dans la Recherche du temps perdu, Marcel revoit des années après une fille qui lui a fait perdre la tête à ses vingt ans. Il ne retrouve plus en elle ce qui l'avait charmé. Ce matin, j'aurais pourtant voulu rester dans mon rêve pour vivre ces moments auprès de C.M., fantôme de mon passé, sans cesse fantasmé dans ma nouvelle vie de célibataire.

    Sinon les jours passent et ma vie est à la fois dissoute et dissolue. Riche sémantique que la langue française... Dissoute dans les volutes d'alcool et la superficialité. Dissolue dans ces fêtes qui n'en finissent pas mais qui distraient, tout au plus.

    Que faire maintenant sinon attendre je ne sais quoi.

  • Génocide capillaire/existentialisme

    Je subis le temps. Je ne vis plus. J'ai l'impression de ne plus avoir de forces pour faire quoi que ce soit. La vaisselle de deux semaines traîne maintenant sur l'évier et partout ailleurs. La maison est sans dessus-dessous. Le week-end, je dors la journée un maximum, je traîne la nuit. Je n'ai de goût pour rien. Je mange de manière erratique, pour passer le temps. Je passe des heures devant la TV ou dans mon lit à lire des romans policiers. Je ne vois personne et je sors juste pour ce qui est nécessaire, acheter un pain, aller travailler.

    Une chose me déprime vraiment, je perds mes cheveux, petit à petit, cela s'éclaircit et mon crâne apparaît. Je vais me détester sans cheveux, cela me touche profondément, cela va me modifier et altérer l'image, déjà piètre, que j'avais de moi-même. Il est vrai qu'autour de moi, je vois qu'une personne sur trois ou quatre perd ses cheveux mais je ne l'accepte pas pour moi. J'avais du mal à séduire. Ce sera bien pire maintenant. Tout cela m'est vraiment insupportable. Ces cheveux partout, sans cesse, que je vois tomber...

    Je cherche un second souffle, quelque chose qui va me sauver de cette torpeur car je suis comme paralysé, plombé ; je n'ai plus de sourire, ni de projets, incapable de faire quoi que ce soit, désespéré. Même écrire ici est un effort ; je sais pourtant que je dois coucher cela quelque part, pour commencer à prendre du recul. J'aimerais être un autre, j'ai l'impression d'avoir tout raté dans ma vie ou presque tout. J'imagine que c'est juste un sale moment et que cela va passer comme toujours dans ma vie ; c'est juste difficile maintenant. Attendre alors. Dans le calme et la résignation.