• Suicide sentimental

    C'est l'automne. Les couleurs d'apocalypse qui colorent ma cour me rappellent à l'histoire qui est mienne. Après les pleurs ont suivi une période d'entre-deux où le vide que je ressentais était tous les jours plus fort. J'ai dès lors décidé de suivre une psychothérapie pour voir ce qui n'allait pas. Hélas, malgré que le premier rendez-vous se soit bien passé, un événement hors de mon contrôle s'est passé. Enfin, il est facile de dire que c'était hors de mon contrôle car j'étais sous l'effet de l'alcool, beaucoup d'alcool, énormément d'alcool mais cela n'excuse rien. Oui j'ai trompé N., de la manière la plus abjecte qui soit et je ne parviens toujours pas à me l'expliquer. Le lendemain de cette funeste soirée, je lui ai tout avoué. Quand j'ai fait cela, je n'étais plus moi-même mais un autre moi qui ne se rappelait de rien de ce qu'il était, qui avait oublié les yeux de N. et surtout toute l'histoire qu'il avait construite avec N. même si cela allait plus mal ces derniers temps. N. souffre et ne sait plus si elle m'aime, elle dit que j'ai brisé le lien, qu'il faudra du temps ou peut-être qu'elle ne s'en remettra jamais. Je comprends. Depuis cela, je ne me sens plus vide mais plein d'amour pour N. C'est comme si mon inconscient avait délibérément décidé de frapper un grand coup pour provoquer quelque chose et sortir du marasme dans lequel j'étais. Il aurait choisir une autre voie et pas cette blessure presque mortelle que j'ai infligée à N. Toute sa vie est peut-être foutue en l'air. Toute ma vie est peut-être foutue en l'air aussi. Je n'aurais qu'à m'en vouloir à moi-même. En outre, j'ai tellement de culpabilité que je n'arrive plus à vivre normalement. Je suis sans cesse la proie de malaises existentiels. J'aimerais faire ce qui est le mieux pour elle, la chérir ou la quitter, me tenir un peu à distance, l'entourer, bref je ne sais ce que je dois faire pour atténuer son chagrin et sa déception. Moi-même, je ne sais pas si je parviendrais à vivre comme cela. Tout de suite après les faits, dans un moment de lucidité, j'ai été près du fleuve, je pensais me jeter mais j'étais trop lâche évidemment. Je me dis que ce jour-là, j'ai rejoint le clan des sales cons, même si c'était dans un trou noir, même si je ne me souviens que de bribes. J'ai brisé la confiance. Elle pensait que j'étais sérieux et gentil, voilà que j'ai montré un visage de sale con, un visage que je ne saurais peut-être jamais supporter moi, le grand moralisateur devant l'éternel. Mon image est abattue ; je sais qu'il réside une bête en moi, un Mister Hide qui ce jour de 2006, a fait une apparition courte mais funeste. J'ai répandu le mal autour de moi. J'ai tout brisé. J'aurai ce que je mérite et ne pourrai me lamenter. L'idée que je suis devenu un sale con me hante. Je dois survivre avec.